Elisabeth Borne va-t-elle
se convoquer elle-même?

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par Gilles Dansart

Elisabeth Borne va-t-elle
se convoquer elle-même?

La pagaille suite à l’épisode neigeux mérite quelques explications…


Le 23 décembre dernier, environ 1500 voyageurs ont eu les plus grandes peines à monter dans un train à Paris-Bercy. Quelques-uns d’entre eux, hyperconnectés, ont allumé la mèche médiatique. Dans la foulée la ministre Elisabeth Borne a convoqué manu militari au ministère des Transports Guillaume Pepy et Patrick Jeantet, pour des explications.

Hier mardi 6 février, environ 1500 automobilistes ont passé la nuit dans leur voiture, à proximité de la N118, sans eau ni nourriture pour la plupart. Bloqués par la neige et surtout la fermeture de la nationale par la Direction régionale des routes. Abandonnés à un sort bien peu enviable. Elisabeth Borne, ministre des Transports, va-t-elle se convoquer elle-même au ministère des Transports? Après tout, elle est bien autant responsable du chaos d’hier que ne l’étaient Pepy et Jeantet en décembre.

Quand l’Etat donne des leçons, il devrait se méfier. Lui aussi, même s’il externalise à marches forcées des pans entiers du service public, est redevable de ses propres performances. En l’occurrence, sa défaillance du côté de Vélizy est beaucoup plus grave que la lacune d’anticipation de Bercy, et procède d’une mauvaise évaluation de la situation et d’une gestion calamiteuse en temps réel.

Passons maintenant à l’essentiel: pourquoi cette pagaille depuis deux jours sur les réseaux routiers et ferroviaires? Que révèle-t-elle?

D’abord la défaillance persistante des dispositifs d’information, en amont et en temps réel. Outre des applis inopportunément en panne hier (Transilien notamment), on a noté l’accumulation d’informations fausses (des trains annoncés qui ne partent pas), tardives ou trop générales. Quant aux messages des pouvoirs publics, c’était la bérézina: «La ministre appelle les automobilistes à la plus grande prudence», était titré le communiqué d’Elisabeth Borne en début d’après-midi mardi, avec dans la foulée quelques recommandations de s’informer et… la litanie des effectifs mobilisés! L’Etat fait sa com en pleine crise au lieu de prendre la mesure de la situation. On croit rêver. Ce n’est que ce mercredi midi que la ministre appelait enfin «chacun à éviter de prendre son véhicule».

Il était pourtant possible de mieux anticiper. La preuve, dès la veille, c’est-à-dire le lundi soir, la Sanef (Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France) parlait on ne peut plus clairement: «Les prévisionnistes météo nous alertent sur d’importantes chutes de neige sur la région Ile-de-France et sur le Sud de l’Oise. Le groupe Sanef déconseille à ses clients de se rendre dans la zone la journée du mardi 6 février.»

L’épisode neigeux était donc prévu, mais aucune autorité publique n’a osé sonner en amont le tocsin: «Essayer de rester chez vous, faites du télétravail dans la mesure du possible». L’Etat aurait pu appeler à la responsabilité des entreprises afin qu’elles dispensent certains salariés de déplacement ou leurs permettent de rentrer plus tôt chez eux. Certaines l’ont fait de leur propre initiative. Abreuvés par tous temps d’alertes jaune et orange, trop de voyageurs ont donc mal anticipé la situation. Et certains se sont retrouvés pris au piège, quelque part près de la RN118…

Ensuite les dysfonctionnements, les défauts d’organisation et de management internes. Certains astreintes sont mal conçues ou trop difficiles à assurer du fait de l’éloignement entre la résidence et le lieu de travail des salariés; les processus de décision sont parfois lourdingues, les matériels inadaptés, l’infrastructure fragile… La neige est sans pitié. Les programmes multiples et variés de viabilité hivernale sont beaux sur le papier, mais difficiles à mettre en œuvre quand le quotidien «normal» est en souffrance. Dit autrement, c’est déjà dur quand il fait beau, alors c’est mission impossible quand il neige. Quel dommage! Le transport public devrait être bien moins vulnérable que le routier quand il neige.

Finalement dans l’efficacité de la communication, c’est Gérard Collomb qui gagne. Il assume un choix, ne pas dépenser des milliards supplémentaires pour quelques centimètres de neige qui tombent, et encore pas chaque année; ça a le mérite de la clarté et ne ressort pas de la justification permanente. G. D.


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