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1. Le style

giletorange

Le gilet, plutôt que la veste

«Allez, il faut faire la photo, avec les gilets ce sera super…» C’était lors de la présentation de la réforme ferroviaire par Frédéric Cuvillier, le 11 octobre dernier au Technicentre de Pantin. Les communicants placent de gauche à droite Guillaume Pepy, le ministre et Jacques Rapoport. Chacun son gilet orange, un chouia moins agressif que celui, jaune, de Karl Lagerfeld, promu cette année ambassadeur de la tunique de sécurité. Et hop ! l’image est en boîte. Efficace. Malin.

Si de nombreux personnages publics ne rechignent pas à endosser le gilet (ou la blouse ou le casque) en toute circonstance, au risque de paraître ridicules devant les objectifs, c’est sans doute parce qu’ils n’entendent pas déroger au respect de la règle de sécurité, eux qui passent leur temps à en édicter – pris à leur propre jeu de la codification des espaces et des mouvements. Mais c’est aussi parce que le bénéfice de l’accoutrement est immédiat : on se rapproche des hommes et femmes de terrain, cheminots, agents de circulation, infirmières ou autres. Le gilet jaune ou orange atténue la différence entre le dirigeant et l’ouvrier ou l’employé, il resserre les liens, y compris quand l’actualité est dramatique (ainsi Guillaume Pepy lors de l’accident de Brétigny). Les images sont parfois plus fortes que les discours. En ces temps de défiance des élites, c’est de bonne guerre. Même si l’envers du décor est souvent moins réjouissant.

Attention, il ne s’agit pas ici de négliger la priorité absolue à la sécurité. Pour les enfants, les cyclistes nocturnes, les automobilistes en panne, dans les espaces publics et industriels dangereux, le gilet joue son rôle d’alerte. Mais faut-il en banaliser l’effet visuel, au risque d’atténuer l’efficacité sur le long terme ? Voire même, surévaluer le rôle du gilet par rapport à l’essentiel, c’est-à-dire la sécurité active, basée sur le comportement responsable et le respect des consignes ?

Le coup de la photo en gilet commence à être connu. Il s’inscrit dans la lignée d’un Nelson Mandela en maillot des Springboks en 1995, le jour de la finale de la coupe du monde de rugby (ou de Jacques Chirac en maillot de l’équipe de France de foot en 1998 – toutes proportions gardées entre les deux personnages). Il va encore marcher un temps, et puis on passera à autre chose. En évitant, toutefois, la veste. Celle-là, contrairement au gilet, on peut la prendre ou la retourner; mais le message est un tantinet moins positif ■

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