Le conseil d’Etat rejette la LGV Poitiers-Limoges

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C’est un coup de tonnerre à l’Elysée: quelques semaines après que le chef de l’Etat a réitéré son soutien aux élus du Limousin en faveur de la ligne à grande vitesse Poitiers-Limoges, le conseil d’Etat, selon nos informations, vient de dire au gouvernement qu’il rejette le projet sur le fond, dans une note par nature confidentielle. Ce rejet de la DUP (déclaration d’utilité publique) embarrasse au plus haut point.

Certes, elle valide une évidence admise par une grande majorité d’experts: la rentabilité socio-économique de Poitiers-Limoges est désastreuse. Elle correspond aussi à une nouvelle philosophie en matière de grands projets, formalisée en juillet 2013 par la commission 21 de Philippe Duron, qui ralentissait considérablement l’équipement du pays en lignes à grande vitesse. «Déclencher la construction de quatre LGV en même temps a été une erreur», a d’ailleurs déclaré le Premier ministre Manuel Valls vendredi dernier, en clôture de la conférence environnementale.

Le problème, c’est que l’analyse du conseil d’Etat contrarie les grands desseins présidentiels d’une meilleure desserte du centre de la France, et de la Corrèze en particulier…

Pire, le calendrier est terrible pour François Hollande. Si un décret n’est pas pris avant le 12 janvier prochain, soit 18 mois après la fin de l’enquête publique (qui s’était soldée par un avis positif), la DUP sera impossible. Mais le 12 janvier, c’est quelques jours avant la présentation des vœux du président de la République aux Corréziens… Que faire? Imposer le décret de DUP tout en sachant qu’il serait cassé plus tard? Cela éviterait tout juste d’affronter les quolibets et les critiques. Ou bien prendre son courage à deux mains, acter tout de suite l’évidence, et concentrer tous les efforts pour la présentation d’une solution plus raisonnable, à savoir, probablement, la modernisation du fameux POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse)?

Car la renaissance du POLT correspond bien à la volonté de faire émerger une troisième voie ferroviaire, entre les TGV rapides et coûteux et les TER régionaux et très subventionnés. La mission récemment installée par Alain Vidalies, et présidée par Philippe Duron, pour réfléchir à l’avenir des TET, pourrait donc relancer la ligne, en s’appuyant sur des chiffres positifs: le liaison Paris-Limoges est la seule franchement bénéficiaire parmi les lignes TET, avec des taux de remplissage supérieurs à 90%! Moyennant quelques travaux peu coûteux, voire l’équipement en matériel pendulaire, les temps de parcours pourraient être réduits; ils n’atteindraient pas ceux de la grande vitesse, mais rendraient service à bien davantage de territoires que la seule Poitiers-Limoges…

Ce dossier explosif révèle bien des fractures au sein de la classe politique, entre les tenants d’une politique volontariste d’infrastructures, quels qu’en soient les coûts ou presque, et les partisans d’une priorité à la modernisation de l’existant et aux projets matures. Comment choisir? Poitiers-Limoges, c’est la ligne Chirac-Hollande, avec de très forts relents de clientélisme électoral. Paris-Orléans-Limoges-Toulouse, c’est moins vendeur pour les élus, mais beaucoup moins cher pour la collectivité… Le président de la République rechignerait-il, d’ordinaire, à trancher? Sur ce dossier-là, il n’aura guère le loisir d’hésiter. Car le 12 janvier, c’est déjà demain.

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