Le Grand Paris en marche

Traverser le périphérique, puis s'aventurer au coeur de l'échangeur de la Porte de Bagnolet. (c) S. G.

«Moi je suis venu à pied/ Doucement sans me presser/ J’ai marché, à pied, à pied» chantait Yves Montand… en 1948. Et c’est toujours à pied que, ce samedi 9 avril, cinq groupes d’une trentaine de personnes ont participé aux premières promenades du Grand Paris. Pour autant, l’initiative elle-même n’est pas nouvelle: l’association Promenades urbaines organise des balades depuis près de dix ans. Elle travaille depuis quelques mois avec une autre association, A travers Paris, créée par des étudiants en Architecture, Urbanisme, ou venus d’autres horizons. L’idée est de faire (re)découvrir des itinéraires piétons métropolitains, accompagnés par un guide conférencier. Au programme du 9 avril, figuraient les remparts de Mantes, les Lacs de l’Essonne, Marne-la-Vallée, La Goutte d’Or, la Porte de Bagnolet.

Les groupes de promeneurs ont ensuite convergé vers le Pavillon de l’Arsenal, pour y échanger leurs impressions, et assister à une conférence de clôture. «Les territoires de l’Ile-de-France sont des territoires de coupures, séparés par des infrastructures, ou organisés en quartiers qui se tournent le dos», souligne l’urbaniste Jean-Pierre Charbonneau. La marche est le moyen idéal pour recréer une certaine «porosité de la ville», renchérit Bertrand Lemoine, directeur de l’Atelier international du Grand Paris, même si «les traversées ont tendance à se fermer» en raison de la privatisation des espaces. Pour Georges Amar, directeur de la prospective à la RATP, «le transport de demain, c’est le corps humain», et la marche constitue l’«intramodalité» par excellence, puisqu’elle intervient dans tous les modes de déplacement.

Innover pour le piéton

Surtout, la marche, et singulièrement dans le cadre des promenades guidées, permet l’échange et les interactions. Pour Jean-Pierre Fuda et Lisadie Dutillieux, étudiants et membres de l’association A travers Paris, la convivialité et l’échange sont des éléments essentiels de ces balades. Les participants sont souvent des professionnels de l’urbanisme ou des retraités, public exigeant pour lequel une préparation sérieuse s’impose. Chaque promenade nécessite une quarantaine d’heures de travail en amont. Les organisateurs sont conscients de la nécessité de s’ouvrir aussi à un public plus large, et réfléchissent à d’autres concepts, en associant notamment d’autres intervenants issus de milieux artistiques, par exemple.

Cheminer dans la métropole pour se l’approprier, c’est le pari de ces promenades. Essentiel, diront certains ; terre à terre, répondront les sceptiques. Car l’heure n’est plus à la flânerie mais à l’ubiquité et à la simultanéité, les yeux rivés sur son smart phone. Alors la marche, c’est bon pour ceux qui ont du temps à perdre… Pas si sûr, car l’expérience montre qu’à pied, on va parfois aussi vite que le bus, et même plus vite que le métro quand il faut effectuer un changement riche en couloirs et en escaliers. Autant de raisons pour redécouvrir le déplacement piéton, et sa lecture de la ville. Mode ancestral, la marche représente encore un espace d’innovation: «il faut inventer des itinéraires, de nouvelles stations adaptées aux besoins des piétons», insiste Georges Amar.

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