Mobitelex 322 – 8 janvier 2021

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Mobitélex. L'information transport

les décryptages de Mobilettre

2021, ça commence fort

Chaos à Washington. Les institutions ne suffisent plus à protéger les institutions. Le contrôle du pouvoir exécutif, une absolue nécessité. La démocratie est un sport de combat.

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De l’exemplarité des élites

On n’aime pas trop les raccourcis à deux balles mais quand même. La secte QAnon prolifère aux Etats-Unis et désormais en Europe sur les théories du complot et la dénonciation des élites pédophiles. C’est insupportable. Et qu’apprend-on en ce début janvier? Que des cercles de pouvoir, en France, protègent depuis dix ans l’un de leurs plus éminents orateurs, cumulard de la représentation et de la prébende, Olivier Duhamel, accusé d’inceste. On n’alimenterait pas mieux les opposants à la démocratie.

En ces matières politiques on a toujours quelque scrupule à recourir à l’exigence morale. Mais enfin, ne s’agit-il pas aussi de cela, au-delà des dispositifs de contrôle et de régulation dont la multiplication ne suffit pas à garantir l’exemplarité des pouvoirs? Si pour tant de jeunes la démocratie ne constitue pas a priori le système idéal, n’est-ce pas aussi, outre les syndromes d’impuissance publique, à cause des hypocrisies de plus en plus décomplexées de quelques élites protégées?

Comment lutter contre le complotisme populiste quand un ex-Président de la République dénonce un «complot des juges»?

Le papier le plus partagé de l’histoire de Mobilettre était titré «La République et l’entre-soi», en 2015. Les choses ont-elles vraiment changé? L’extrême centralisation de la Macronie a dopé les pouvoirs discrétionnaires. La République des copains n’a pas disparu par enchantement. La cooptation par les réseaux reste si puissante.

Comment lutter contre le complotisme populiste quand un ex-Président de la République, Nicolas Sarkozy, dénonce un «complot des juges» et quand les amis d’un ex-candidat, Dominique Strauss-Kahn, fustigent un complot de ses adversaires politiques?

A la lecture des promotions du Nouvel An dans l’Ordre de la Légion d’honneur et du Mérite, on est partagé. Certaines nous semblent respectables tant elles sanctionnent un parcours et une exemplarité. D’autres relèvent davantage de la faveur opportune. Les belles vitrines républicaines camouflent de moins en moins les désordres du modèle démocratique.

La multiplication des hommages individuels ne sert-elle pas en définitive la plus caricaturale autosatisfaction de nos dirigeants? Voici ce que disait Emmanuel Macron le 31 décembre après avoir distingué quelques Français pour leur dévouement: «Je suis sincèrement convaincu que nous avons fait les bons choix aux bons moments et je veux vous remercier de votre civisme, de cet esprit de responsabilité collective par lequel nous avons sauvé tant de vies et qui nous permet aujourd’hui de tenir mieux que beaucoup face à l’épidémie.»

Sergio Matarella, Président de la République italienne, en la même circonstance: «La pandémie a accentué les limites et les retards de notre pays. Il y a aussi eu certainement des erreurs dans notre manière d’affronter une réalité soudaine et inconnue. Pouvait-on faire plus et mieux? Probablement oui. Mais n’oublions pas non plus tout ce qui a été réalisé de positif et a permis au pays de tenir grâce à l’engagement déployé à tellement d’égards.»

Marc-Aurèle vaut mieux que Jupiter. G. D.

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Fret: l’espoir qui vient du froid

Un nouveau service quotidien Avignon-Valenton-Dourges pour Froid Combi, un opérateur de combiné dont le nom n’aurait pas déplu au défunt John Le Carré. A la clé, l’approvisionnement de Rungis, et la capacité du ferroviaire à relever le défi de la logistique des produits frais.


Alors que Fret SNCF est contraint de prendre des mesures d’urgence pour faire face au recul de 20% de ses trafics en 2020 (transfert de conducteurs à SNCF Voyageurs, vente d’actifs, départ en retraite non remplacés), certaines filiales font feu de tout bois pour développer leurs activités. Ainsi Froid Combi, filiale à 49% de Fret SNCF, va-t-elle mettre en place le 1er février prochain un nouvel aller-retour Avignon-Valenton-Dourges, cinq jours sur sept.

Les horaires promis par SNCF Réseau devraient permettre un approvisionnement matinal de la plate-forme de Rungis

Ce service supplémentaire nous paraît intéressant parce qu’il pourrait constituer en réalité la vraie navette hexagonale fruits et légumes pour Rungis. Loin de la focalisation politique sur un Perpignan-Rungis qui n’était presque intégralement approvisionné que par des produits espagnols et marocains, les convois de Froid Combi dans le sens sud-nord sont irrigués très largement par les territoires du sud de Nice à Nîmes. Les horaires promis par SNCF Réseau devraient permettre un approvisionnement matinal de la plate-forme de Rungis: 17h à Avignon, 3h à Valenton. A cette heure-là, ll ne faut qu’une grosse demi-heure pour transférer la caisse mobile depuis le terminal, donc à temps pour la mise à disposition des grossistes.

Rémi Crochet, PDG de Froid Combi, défend son modèle très particulier. En tant que candidat autorisé il ne laisse à personne le soin de suivre et de défendre ses sillons, en contact permanent avec SNCF Réseau, mais il laisse à ses partenaires routiers les pré et post acheminements – à chacun son boulot, il s’interdit d’aller démarcher les chargeurs. Il veille au remplissage dans les deux sens de ses convois de 750 mètres, constitués en partie de caisses mobiles à 160 km/h qui lui permettent d’augmenter la masse brute freinée et donc d’être homologués à 140 km/h.

Jusqu’à maintenant Froid Combi c’était un aller-retour quotidien Avignon- Valenton et un autre Avignon-Dourges, avec la prédominance de fruits et légumes, produits frais et surgelés – un peu de messagerie et d’industrie traditionnelle, et des taux de remplissage à plus de 95%. Le nouveau service annoncé pour le 1er février est un vrai test grandeur nature pour la capacité de SNCF Réseau à tenir ses engagements horaires, et donc à relever le défi d’une logistique quotidienne et régulière des grands centres urbains.

A noter qu’à l’occasion de ce nouveau service préparé en fait depuis deux ans (la grève de l’hiver 2019 puis la pandémie ont retardé sa mise en œuvre d’un an), Froid Combi change d’opérateur et passe de Fret SNCF à Captrain ex-VFLI. Cela pourrait confirmer le futur positionnement principal de Fret SNCF sur une activité subventionnée de wagons isolés, Captrain opérant désormais de façon prioritaire sur les trafics européens et longue distance, très concurrentiels.


Longue distance: ce que disent les déplacements des Français à Noël

Beaucoup de déplacements à la dernière minute, un report partiel vers la voiture individuelle: la pandémie continue à affecter les choix des Français.

Ce ne sont que de premiers éléments à chaud qui méritent consolidation, mais quelques tendances observées depuis septembre se sont confirmées à l’occasion des fêtes de fin d’année. Une partie des Français décident désormais de leurs déplacements en dernière minute, et souvent pour des durées moins longues, moins indexées sur la semaine classique. Même si de nombreux trains du vendredi et du dimanche restent saturés, à l’instar des péages autoroutiers à l’abord des grandes villes, les jours de semaine habituellement moins fréquentés ont vu affluer les voyageurs.

Globalement, le taux d’occupation moyen des TGV a atteint 60% sur les rames mises en circulation, ce qui représente 4,2 millions de voyageurs Europe comprise. C’est pas mal du tout vu la période, mais cela atteste malgré tout à la fois d’une diminution du nombre de déplacements et d’une perte de voyageurs qui jugent la voiture individuelle plus safe par rapport au virus. Ce transfert marginal devrait disparaître au fur et à mesure de la normalisation sanitaire.

Sans que l’on dispose encore de chiffres officiels de fréquentation des autoroutes sur la période la plus récente, les tendances observées lors du premier déconfinement (seulement -5% de trafic véhicules légers au troisième trimestre 2020 par rapport à 2019) sembleraient s’être répétées en cette fin d’année, et laissent envisager un fort rebond des déplacements routiers quand les vaccins auront été généralisés.

Pour ce qui est du ferroviaire, les nouvelles attitudes de consommation des Français (modification/annulation sans frais) vont-elles contribuer à modifier les règles du yield management? En passant à la règle des trois jours pour éviter les trop nombreuses multi-réservations, la SNCF va disposer d’une indication intéressante sur l’état d’esprit de ses clients. Le débat est engagé avec les associations d’usagers et les leaders d’opinion: quel est le meilleur compromis entre le yield qui optimise les tarifications et une souplesse de réservation qui plaît aux voyageurs?


«Petites lignes»: expérimentation plutôt que transfert véritable

Il aura fallu attendre le dernier jour de l’année pour que le décret donnant de la réalité à l’article 172 de la LOM soit enfin publié: le décret relatif au transfert de gestion de lignes ferroviaires d’intérêt local ou régional à faible trafic et au transfert de missions de gestion de l’infrastructure sur des telles lignes qui permettra aux Régions de sauver certaines «petites lignes».

L’ART (l’Autorité de Régulation de Transports), en octobre dernier avait déjà fait savoir ce qu’elle reprochait au projet de décret : définition insuffisante des lignes comme des missions transférables, imprécision et trop grande complexité des modalités de calcul de la compensation financière à verser à SNCF Réseau voire Gares & Connexions suite au transfert (Mobitelex 314). La version publiée n’a pas été débarrassée de ces défauts.

L’autorité organisatrice qui bénéficie du transfert prend, ou ne prend pas la totalité des salariés

On s’attardera plutôt sur les modalités de mise à disposition des personnels que l’ART, saisie dans la précipitation en octobre, n’avait pas examinées. Le dispositif est logiquement différent de celui du transfert de personnels qui prévaut dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire régional. SNCF Réseau et Gares & Connexions peuvent proposer la mise à disposition de ceux de leurs salariés qui concourent à l’exercice de missions de gestion de l’infrastructure ou d’exploitation d’installation de services sur ces lignes. Elles déterminent par catégorie de missions le nombre de salariés concourant à l’exercice de ces missions, sur la base d’équivalents temps plein. L’autorité organisatrice qui bénéficie du transfert prend, ou ne prend pas la totalité des salariés. SNCF Réseau et Gares & Connexions proposent alors aux salariés concernés, qui ont deux mois pour répondre, «d’être mis à disposition». En cas de refus, rien ne change pour eux. Au cas où l’autorité organisatrice déciderait de déléguer ultérieurement ces missions à un tiers, le salarié dispose à nouveau d’un mois pour confirmer ou non son choix. Une convention individuelle est ensuite conclue entre Réseau et/ou Gares et Connexions et l’AO.

Mais «durant toute la période de mise à disposition, le salarié demeure soumis dans l’entreprise utilisatrice (…) aux règles légales, statutaires et conventionnelles dont il bénéficiait à la date de sa mise à disposition au sein de la société dans laquelle il exerçait. Il demeure affilié aux régimes d’assurance sociale et le cas échéant de protection sociale complémentaire dont il bénéficiait.» L’AO rembourse à l’entreprise prêteuse ces frais et charges.

Pour les personnels, le lien juridique demeure donc avec la «maison» à laquelle ils appartiennent. Cela n’a rien de surprenant dans la mesure où le dispositif imaginé par la LOM pour soulager l’Etat du poids des petites lignes sans avoir à prendre de décisions politiques impopulaires sur d’éventuelles fermetures a, par plus d’un côté, une dimension expérimentation: les conventions de transferts sont à durée et géométrie variable et peuvent être remises en cause (avec des conditions bien sûr) par les deux parties. Les Régions vont tâter l’eau. Certaines s’aventureront plus loin, d’autres reviendront au bord. La mise à disposition des personnels est dans cette logique.


MOUVEMENTS

La promotion du Nouvel An de la Légion d’honneur et du Mérite

L’Etat a largement distribué les distinctions honorifiques en cette fin d’année 2020, à 63% en faveur de personnes qui se sont distinguées dans la lutte contre le virus Covid-19. Sauf oubli de notre part, nous avons recensé celles et ceux qui occupent ou ont occupé des fonctions dans le secteur de la mobilité.

Légion d’Honneur

  • Transition énergétique: Jean-François Carenco (ex-préfet de la région Ile-de-France), Commandeur, Marie-Christine Lombard (Geodis), Officier, Christophe Fanichet (SNCF Voyageurs), Chevalier
  • Premier ministre: Bernard Roman (ART), Chevalier
  • Economie: Marie-Ange Debon (Keolis), Officier
  • Intérieur: Laurent Hénart (VNF), Chevalier
  • Mer: Hervé Martel (Grand Port de Marseille), Chevalier

Mérite

  • Premier ministre: Véronique Hamayon (Cour des comptes, ex-Stif), Officier
  • Transition énergétique: Patrick Gandil (ex-DGAC) et Jean-Claude Gayssot (ex-ministre), Commandeurs, Dominique Voynet (ex-ministre) et Daniel Bursaux (ex-DGITM), Officiers, Anne Lieure (Keolis), Chevalier
  • Intérieur: Corinne Orzechowski (préfet de l’Oise, ancienne directrice des Affaires européennes de la SNCF), Commandeur
  • Cohésion des Territoires: Philippe Richert (ex-ministre, ART), Commandeur

SNCF: Béatrice Lafaurie remplacée par Lucile Quessart

La DRH de SNCF Voyageurs quitte le groupe SNCF pour une destination encore inconnue. Elle est remplacée par l’actuelle directrice des lignes L, A et J de Transilien, Lucile Quessart, ancienne directrice de Montparnasse et du TER alsacien.

Frank Gervais à Pierre & Vacances

L’hypothèse de son retour à la SNCF avait circulé après son départ d’Accor cet été, mais c’est bien dans le tourisme que Frank Gervais, ex-DG de Thalys et voyages-sncf.com, a décidé de poursuivre sa carrière, comme directeur général de Pierre & Vacances. On lui souhaite bon courage: les pertes de sa nouvelle entreprise ont dépassé les 330 millions d’euros au terme de son exercice clos le 30 septembre dernier.

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