Mobitelex 342 – 10 juin 2021

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Hier mercredi: c’est beau une ville la nuit, qui oublie la pandémie. On se prend à rêver: oublié aussi le cauchemar politique? L’homme qui a giflé le Président est proche de l’extrême-droite. Les prétendus pompiers de l’ordre public sont les premiers incendiaires de la République

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Elections piège à déraison

On est tenté de formuler la question ainsi: tout est-il bon pour gagner une élection? La réponse? Unanime, à n’en pas douter: «Non, bien sûr, rien ne justifie de perdre son âme et ses valeurs.» On n’est guère avancé. L’argumentation politique est si plastique qu’il faudrait pinailler sans fin sur les mots et la morale…

On va donc rester sur le terrain purement politique: certains perdent-ils leur crédibilité par des propos ou promesses de campagne déraisonnables? Certes, le verdict n’appartient qu’aux seuls électeurs, mais ces derniers jours deux situations nous semblent éloquentes.

En région Sud Renaud Muselier a attribué publiquement, dans Nice-Matin (lire ci-dessous) le lot ferroviaire Azur à la SNCF, au mépris des plus élémentaires formes du droit. En Ile-de-France, la candidate Audrey Pulvar titre sa liste d’un seul slogan, «Pour la gratuité des transports», alors que la mesure se traduirait immanquablement par une paupérisation du transport public – mieux vaut la redistribution que la gratuité.

On comprend pourquoi: pour Muselier, répondre à la manifestation de 2000 cheminots à Marseille et enrayer la dynamique Mariani, pour Pulvar, dépasser les 10% et prendre la tête des candidats de gauche. Le sortant, pris au piège des petits arrangements avec LREM, panique; la novice, en mal de popularité, cherche la mesure qui cogne. Terrible constat d’un monde à l’envers: le Rassemblement national veut mener le processus d’appel d’offres à son terme en région Sud et ne préconise pas la gratuité en Ile-de-France.

Une grande partie des candidats, sortants ou challengers, se méfient des grosses ficelles électorales dont l’efficacité se réduit à mesure que se développe le fact checking. L’opportunisme excessif affecte la crédibilité, et cache mal sur la durée les errements et les inconsistances.

Et dire que la prochaine campagne présidentielle va durer un an. G. D.

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Concurrence des TER: un mauvais moment

En région Sud comme en Hauts-de-France, les syndicats mobilisent contre l’ouverture à la concurrence des TER. Les exécutifs réagissent différemment…


On se croirait sur CNews. La promesse d’un débat pluraliste, le spectacle d’un pilonnage idéologique. L’annonce dans La Voix du Nord (image ci-dessus), le 6 juin dernier, était pourtant alléchante: «Mise en concurrence des TER: ouvrons le débat». Nous avons consulté ce numéro spécial de la publication du CSE TER Hauts-de-France: 28 pages d’une charge sans nuances contre le processus engagé par le Conseil régional, seulement quelques phrases sur l’intention de la collectivité, pas d’arguments pro-concurrence – seuls les usagers (Gilles Laurent, de la Fnaut régionale) sont invités à s’expliquer, en page 26: «La SNCF a trop abusé en gonflant ses devis aux Régions, en laissant se dégrader le réseau et en fermant ses lignes, en ne cherchant pas à optimiser les horaires ni les correspondances, avec trop de trains supprimés pour des causes SNCF de personnel ou de matériel etc. Le but n’est d’ailleurs pas d’évincer la SNCF mais de l’obliger à faire mieux. On sait bien que ça ne réglera pas tout mais on en attend des progrès.» Une telle position mesurée est-elle si marginale?

Le calendrier de cette mobilisation syndicale n’est pas un hasard: à quelques jours du premier tour des élections régionales, la CGT et Sud-Rail mettent la pression sur les exécutifs régionaux les plus engagés dans le processus d’ouverture à la concurrence des TER. A Marseille, 2000 cheminots se sont réunis le 3 juin pour «dire stop à la casse du service public du rail.»

Selon nos informations, la déclaration de Renaud Muselier sur le lot Azur n’est consécutive à aucune délibération de la commission d’appel d’offres

Est-ce pour répondre à cette pression que le 4 juin dernier, Renaud Muselier a contrevenu à toutes les règles des marchés publics pour annoncer dans Nice-Matin que sur le lot Azur (l’Etoile de Nice) «il n’y a plus qu’un seul candidat en lice… la SNCF»? Selon nos informations, cette déclaration n’est consécutive à aucune délibération de la commission d’appel d’offres. Des auditions avec les candidats étaient même programmées pour la fin de cette semaine… Un président de région aussi aguerri peut-il ignorer les règles des appels d’offres?

Il existe pourtant des raisons pour lesquelles le processus de ce lot Azur est très compliqué à mener à bien, davantage en tous cas que celui de la ligne littorale intermétropoles qui, lui, poursuit son cours. Le risque recettes semble élevé, le contenu même du lot, complexe en matière d’exploitation voire incertain quant aux conditions de construction d’un centre de maintenance, a dissuadé plusieurs opérateurs alternatifs de se porter candidats face au sortant SNCF – seule Arriva, filiale de la DB, avait l’intention de déposer une offre, selon nos informations. Mais de là à ce que le président du conseil régional déclare publiquement la SNCF gagnante… Cette étonnante sortie jette de fait un trouble sur un processus qu’on peut qualifier d’exploratoire en matière d’allotissement TER, et qui a incité les parties prenantes à édicter une méthode et déployer des moyens pour se conformer au cahier des charges de la Région.

Selon nos informations, en Hauts-de-France l’exécutif sortant semble adopter une attitude contraire: le dossier de consultation des entreprises initial (DCI) devrait être disponible entre les deux tours des élections régionales pour les candidats agréés à l’appel d’offres de l’Etoile d’Amiens, avec mise en place d’une data room . «Même pas peur», semble dire Xavier Bertrand face à la mobilisation syndicale.

En Grand-Est, autre région à s’être résolument engagée dans la concurrence, peu de signes équivalents: il faut dire que sur deux des trois lots promis à la concurrence, il s’agit de sauver des petites lignes dont l’Etat et le gestionnaire d’infrastructures ne veulent plus s’occuper. Difficile de diaboliser le privé dans ces conditions.

La fébrilité de Renaud Muselier contraste avec le soin et le professionnalisme apportés par ses services à la préparation des marchés – et qui ont fait école dans les autres régions. Elle réaccrédite la réputation selon laquelle à Marseille et sur la Côte d’azur, les règles sont bel et bien relatives au climat local. En outre, sa sortie pourrait lui causer quelques soucis avec les autorités de la concurrence voire la justice elle-même.


Fluvial: la bonne passe

Tiens! on a revu Guillaume Pepy. C’était mardi matin sur les bords de la Seine, pour le lancement d’un fonds national de prêts d’honneur pour les entrepreneurs du transport fluvial.


Mardi 8 juin au port de Suffren à Paris, Didier Léandri (EFV), Guillaume Pepy (Initiative France), Juliette Bourdillon (Initiative Seine Yvelines), Thierry Guimbaud (VNF).

A la tête d’Initiative France, un réseau de 215 associations et 22000 bénévoles, l’ex-président de la SNCF (qui multiplie les occupations: il a confirmé cette semaine qu’il allait assurer la présidence non exécutive d’une filiale de Suez, Lydec, en délicatesse à Casablanca) était venu en «faire la pub» et ramasser en quelques phrases simples tout l’intérêt à aider des entrepreneurs fluviaux dans leurs investissements. Un maximum de 75000 euros peut être attribué à taux 0 (le fonds national créé est doté d’un million d’euros). Le couplage prêt d’honneur (qui fait office de levier)/prêt bancaire fonctionne bien, d’autant que l’emprunteur est ensuite accompagné pendant trois à cinq ans.

La conclusion du contrat d’objectifs et de performances de VNF avec l’Etat lui donne une indispensable visibilité

Il faisait beau et en ces jours de franc déconfinement, cela donnait envie de larguer les amarres… d’autant plus que le mode fluvial semble dans une bonne passe. Après une longue et difficile réforme de structure, la conclusion du contrat d’objectifs et de performances entre VNF (Voies navigables de France) et l’Etat, le 30 avril dernier, lui donne une indispensable visibilité. Certes, c’est un peu plus simple pour le fluvial d’arracher 300 millions d’euros que 3 milliards pour le ferroviaire, mais l’activisme au bon sens du terme de son directeur général Thierry Guimbaud a porté ses fruits. Et Jean-Baptiste Djebbari comme de nombreux parlementaires n’ont pas mégoté leur appui.

Le mode fluvial coche toutes les bonnes cases: l’environnement, les territoires, l’eau. Le tissu entrepreneurial est dynamique, comme l’atteste le président d’EFV (Entreprises fluviales de France) Didier Léandri, et les jeunes n’hésitent pas à se lancer, par exemple avec l’acquisition de péniches d’un million d’euros. Souvent vue sous l’angle un peu suranné des bords de canaux, l’activité fluviale répond à de vrais besoins industriels et logistiques (y compris dans l’approvisionnement des centres-villes); elle est en forte progression et offre des perspectives intéressantes à l’heure des priorités écologiques, y compris en association avec le ferroviaire (VNF a récemment conclu une alliance avec SNCF Réseau et sa directrice clients et services Isabelle Delon).

Du fleuve au fer… Non, Guillaume Pepy n’a pas repiqué. Il était bien là pour Initiative France et VNF. Et il est reparti, comme d’habitude, en scooter. La vie continue.


ZFE: triste polémique

Certains voient des gilets jaunes partout…


Le passé hante-t-il à ce point les hommes politiques? Il a suffi la semaine dernière que quelques élus et associations d’automobilistes se mobilisent contre l’interdiction progressive de circulation de certains véhicules Crit-Air dans la ZFE (zones à faibles émissions) du Grand Paris, pour que le pouvoir s’inquiète. Les pauvres pénalisés, l’Etat oppresseur, l’écologie punitive… A un an de la présidentielle, la contestation des gilets jaunes allait repartir comme en quarante, ou plutôt comme en 2018.

L’Histoire repasse rarement les mêmes plats. Le début du mouvement des gilets jaunes s’est effectivement noué sur la hausse de la taxe des carburants, mais il mettait aux prises de façon assez élémentaire un pouvoir politique central et des citoyens mobilisés. La mise en place progressive des ZFE, dont la pédagogie certes reste à faire, est quant à elle basée sur une nécessité environnementale et sanitaire circonscrite, et partagée par des élus locaux soucieux d’améliorer la qualité de l’air urbain; tout le contraire d’une décision 100% verticale qui rapporte de l’argent et spolie.

L’extension du principe d’interdiction de circulation à des motifs d’ordre environnemental ne provoque pas de forte contestation ailleurs en Europe

Certes, à court terme et selon un calendrier qui dépend de chaque métropole, pour 2 millions de propriétaires de véhicules Crit-Air 4, la mise en place des ZFE va se solder par une interdiction de circuler en semaine. Est-ce une insupportable restriction de liberté, ou une mesure antisociale imposée aux plus démunis? Sauf à considérer que toute mesure d’autorité publique doit se traduire par des compensations démesurées – les aides à la conversion des véhicules sont déjà assez substantielles -, le processus des ZFE . Par ailleurs l’extension du principe d’interdiction de circulation à des motifs d’ordre environnemental ne provoque pas de forte contestation ailleurs en Europe.

Ces mesures relatives à l’amélioration de la qualité de l’air dans les agglomérations vont créer, c’est certain, des frottements, d’autant que quelques majorités municipales patinent dans leur gestion de la voirie. Mais les Français citadins ont compris que le rapport à l’automobile devait changer, nécessairement, y compris en privilégiant la notion d’usage sur celle de sa possession. Cela permet de relativiser un bon nombre de choses.


MOUVEMENTS

A l’UTP, Marie-Ange Debon succède à Thierry Mallet

Comme nous l’annoncions au mois de mars, la présidente du directoire de Keolis va succéder la semaine prochaine à Thierry Mallet à la présidence de l’UTP. Moins d’un an après son arrivée dans le transport public, Marie-Ange Debon prend donc la tête de son organisation patronale, pour une sorte d’acculturation accélérée de ses complexités au plus haut niveau – l’UTP est l’acteur clé des très sensibles négociations de branche en cours, notamment sur le ferroviaire. C’était d’ailleurs aussi le cas de Thierry Mallet peu après son arrivée à Transdev, il y a bientôt cinq ans. Du fait du renoncement de Catherine Guillouard, présidente de la RATP, le principe de l’alternance Keolis/Transdev est donc reconduit une nouvelle fois.

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