Mobitelex 349 – 27 août 2021

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Mobitélex. L'information transport

les décryptages de Mobilettre

Un été passe…

Une deuxième saison estivale sous Covid s’achève, marquée par la progression du variant Delta et la mise en place progressive du passe sanitaire. Faut-il maintenant avancer ou attendre? La rentrée 2021 est encore à suspense.

Parler de trêve estivale quand tant de personnes ont travaillé à assurer les déplacements des vacanciers et les logistiques en tous genres, c’est assez injuste mais ainsi fonctionne l’impitoyable loi de l’information en continu. Quand il n’y a pas de gros grain de sable, tout va bien, donc on ne parle ni des valeureux soutiers du quotidien ni des galères de touristes. Il y en eut pourtant, cet été, des situations aberrantes, dues par exemple à nos ex-amis anglais qui exigent un test PCR même aux vaccinés en transit sur leur territoire, de même qu’il y eut quelques navrants cafouillages d’exploitation – trains et avions supprimés sans crier gare, ou presque.

Mais bon, un été passa, à l’heure de ce passe sanitaire dont les contrôles furent, comment dire, aussi peu systématiques que ceux des vignettes Crit’Air en pic de pollution atmosphérique. L’Etat bombe le torse régalien en légiférant et réglementant, puis menace les restaurateurs et cafetiers en «oubliant» sa propre astreinte. On ne va pas vous raconter nos vacances, même si l’envie nous effleure de partager avec vous quelques moments de plénitude ensoleillée, mais juste ceci: en quatre trajets France-Italie, en voiture et ferries (pour la Corse), un seul contrôle de passe sanitaire, et encore, parce que notre irréprochable légalisme ne laissait guère de choix à notre interlocuteur que de biper notre sésame à barres.

Vu la situation sanitaire sur l’île de Beauté qui n’a jamais mieux porté son nom qu’accompagnée d’un délicieux Fiumicicoli de Sartène, une telle lacune est aussi répréhensible que le traitement du drame afghan sous le seul angle du risque d’infiltration terroriste, toutes proportions gardées. Pire, l’Etat charge la barque des opérateurs de transport collectif d’une difficile et urgente contrainte organisationnelle, sans les avoir prévenus en amont, quand il laisse les occupants des voitures individuelles circuler aussi facilement qu’un feu de broussaille dans l’arrière-pays varois. Il paraît que le Président Macron s’est énervé du laxisme ambiant. Les préfets gardent la casquette brodée d’or et les préfètes le tricorne de feutre, mais n’ont plus guère les moyens de leurs proclamations d’autorité. Du coup la société civile s’émancipe de plus en plus, la plupart du temps dans une forme assez remarquable et sereine de responsabilité collective, loin des focus cathodiques sur les anti-vax et anti-passe et sur la comédie persistante du pouvoir central. C’est à la fois rassurant et inquiétant.

Malgré tout, ce satané virus évolue comme bon lui semble, aussi sûrement que se profile une nouvelle rentrée paradoxale : les vaccinés la sentent plutôt bien, au vu des statistiques de contamination, les autres plutôt mal, au nom d’une argumentation aussi confuse qu’un match de foot entre Nice et Marseille. On va se contenter d’espérer que le retour des vacanciers dans les villes, et la reprise scolaire et présentielle dans les entreprises, ne vont pas aboutir à une nouvelle flambée de malades graves, ou qu’un variant venu du diable-vauvert ne fragilise les barrages vaccinaux.

Difficile, donc, de se projeter complètement et sans retenue dans cette rentrée, même si la plupart des acteurs économiques ont planifié les rendez-vous de leur reprise. D’ores et déjà, le SITL à Paris puis les RNTP de Toulouse constituent deux points forts de septembre auxquels se préparent avec impatience les professionnels de la mobilité et des transports, sevrés de contacts et d’échanges «vrais».

En attendant donc de se retrouver avec plaisir, de visu, un rapide coup d’œil dans le rétroviseur de ce mois d’août très calme fait émerger trois faits qui sont presque passés sous les radars – nous reviendrons la semaine prochaine sur le décès de Jacques Fournier, président de la SNCF de 1988 à 1994, survenu le 14 août dernier à l’âge de 92 ans.

Thalès a vendu sa signalisation ferroviaire au Japonais Hitachi pour 1,66 milliard d’euros

Osera-t-on dire que même si ce n’est pas européen, c’est mieux que si c’était chinois?

RATP Dev démarre en Toscane le 1er novembre.

Le Conseil d’Etat italien avait mis un point final le 21 juin dernier à la guérilla judiciaire engagée par Mobit, l’exploitant sortant du transport sur route de Toscane. Dans la foulée le contentieux sur l’évaluation des biens mobiliers et immobiliers à céder a été tranché, leur montant fixé à 200 millions d’euros, ce qui laisse la voie libre à Autolinee Toscane, qui reprendra l’exploitation à compter du 1er novembre – Mobit fera la rentrée scolaire. Un contrat de 11 ans et 4 milliards d’euros: de quoi dorer le blason de RATP Dev pour les années qui viennent, et rassurer un peu les tenants d’une concurrence intraeuropéenne ouverte et régulée…

Le Conseil d’Etat inflige une amende inédite de 10 millions d’euros à l’Etat.

Pour le juge administratif, saisi par Les Amis de la Terre en 2017, « l’État n’a pas su prouver que la baisse de la pollution de l’air dans certaines zones était le fruit de politiques publiques de lutte contre la pollution de l’air et non le résultat des limitations d’activités et de déplacements liés à la crise sanitaire et au(x) confinement(s) ». L’amende pourrait être renouvelée voire augmentée l’année prochaine, si les taux de particules fines (PM10) et de dioxyde d’azote (NO2) relevés dans les treize grandes zones concernées continuent de dépasser les seuils fixés par la directive européenne.

Prêts pour la rentrée? Une entreprise, en tout état de cause, a choisi d’en donner le coup d’envoi avant tout le monde: la SNCF. A la semaine prochaine!

SNCF, une rentrée hexagonale

L’offensive était préparée de longue date : une publicité et une nouvelle signature («La SNCF pour nous tous») dévoilée au grand public sur TF1 dimanche 29 août (et aux cheminots dès hier), et un «Face aux lecteurs» du Parisien le même jour. Avant même la fin de la crise sanitaire et les premiers enseignements du trafic estival, l’entreprise publique entend projeter une image nouvelle, inclusive dira-t-on au vu du clip de Gaël Faye. C’est assez gonflé de se lancer dans une telle opération vu les incertitudes du contexte sanitaire et économique, mais finalement assez conforme au statut très particulier de l’entreprise historique, qui se perpétue au-delà des vicissitudes du temps présent.

C’est d’autant plus audacieux que cette communication publique (ce n’est malgré tout «que» de la communication) est disruptive par rapport à de précédentes campagnes, frontalement consuméristes ou classiquement institutionnelles. Si le concept même de clip slamé permet de multiplier les références (à la diversité, à l’égalité homme-femme, aux générations), le message principal est hyper simple: la SNCF c’est la France, dans toute sa complexité. Ce parti-pris «hexagonal» permet d’affronter les paradoxes et d’assumer une forme d’autocritique. La France c’est nous, la SNCF c’est vous, soyez donc indulgents… C’est le miracle du marketing inclusif, porté par une avalanche de mots et d’images plutôt que par des slogans institutionnels construits au cordeau qui ne trompent plus personne. On verra si cette image projetée résiste à l’épreuve des faits.

Comment ne pas voir aussi dans ce clip une relance du mythe de l’entreprise nationale monopolistique, ou quasi. Si la SNCF c’est la France, c’est un peu moins le monde qu’elle prétendait conquérir? On touche là à un autre paradoxe volontairement tu: on bétonne astucieusement et en silence le marché domestique, tout en allant volontiers tailler des croupières à nos voisins sur leurs propres marchés (l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne). On pourrait même penser qu’une telle schizophrénie va bien au gouvernement de Jean Castex, qui a repoussé à l’après-présidentielle l’échéance de la restructuration d’EDF.

A rebours de leurs proclamations européennes et libérales, les élites politiques au pouvoir aiment bien les champions publics et nationaux qui leur renvoient l’image de leur puissance. Cette realpolitik n’est pas le moindre des revirements du quinquennat actuel, que cette publicité SNCF révèle finalement assez crûment en temps réel. Le futur candidat Macron va-t-il à son tour essayer de se réconcilier avec la France telle qu’elle est?

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