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Mobi edito

par Gilles Dansart

La (mauvaise) comédie du quinquennat


Malgré quelques dernières tentatives désespérées, le président de la République échoue à persuader les Français de revoir son bilan à la hausse. Il en va de même sur les questions de mobilité: l’indécision et l’insuffisance ont marqué une politique dénuée de vision et d’ambition.


Nous avons été les premiers à nous désoler de l’impéritie des candidats à l’élection présidentielle en matière de mobilité. Qu’ils croient encore, comme une partie de leurs entourages, que les transports sont d’abord et surtout une question technique ne constitue pas une excuse. Bien au contraire, c’est un révélateur supplémentaire des maux qui rongent les politiques publiques nationales, voire régionales, depuis plusieurs quinquennats: une impuissance latente à prendre à bras-le-corps des sujets de vie quotidienne au-delà des grands travaux d’infrastructures, une difficulté récurrente d’adaptation aux changements et à la modernité, un déficit de transparence et de pédagogie collective – pour ne pas employer le nom galvaudé de démocratie. La mobilité, c’est par essence la vie quotidienne, l’avenir économique et social d’un pays, la structuration d’un espace collectif. A force de négliger ces réalités, gouvernants et médiateurs des débats audiovisuels hystérisent les campagnes électorales à coups de marqueurs inefficaces.

Oh là là! où va Mobilettre? Dans les ressacs du bashing anti-élites? Dans les eaux troubles du populisme facile? Rassurez-vous: rien de tout cela! Mais au moment de nous retourner sur un quinquennat de politique des transports, un triste constat s’impose: les lacunes, les erreurs et autres péchés que nous allons rappeler ne cachent plus ces maladies persistantes qu’il est urgent de soigner. Ne pas les affronter serait la pire des choses.

La sévérité de notre bilan s’applique avant tout au président-roi et aux serviteurs de son pouvoir centralisé anachronique

Une précaution qui n’est pas une pudeur d’antilope: la sévérité de notre bilan s’applique avant tout au président-roi et aux serviteurs de son pouvoir centralisé anachronique. Elle exonère volontiers, partiellement, toutes celles et ceux qui n’ont compté ni leur temps ni leur énergie à éviter le pire, à assurer l’essentiel, ou à réussir quelques belles opérations (la priorité à la sécurité ferroviaire, la reconfiguration des trains d’équilibre du territoire, le dossier SNCM, l’avenir de l’Ile-de-France). Nous aurons toujours beaucoup de respect pour ces soldats de devoir. De la même façon que nous saurons faire la différence entre une Cécile Duflot ministre catastrophique, obnubilée par son ambition politique et un Alain Vidalies responsable et opiniâtre.

Tout en haut de l’affiche du film-bilan du quinquennat, comment ne pas disposer la séquence du naufrage de l’écotaxe. On ne va pas rappeler jusqu’à en avoir la nausée l’inconséquence de Ségolène Royal qui torpilla l’affaire, il est vrai mal engagée par une gestion politique défaillante de l’acceptation populaire du projet. Il faut surtout épingler le metteur en scène Hollande qui a laissé passer quasiment tous les caprices de sa guest star. Insensé népotisme, toléré, excusé, banalisé par des médias paralysés. Paralysés par quoi? Une femme de pouvoir? Une ex-candidate au fauteuil suprême? Le scrupule de critiquer une ministre suractive?

Quand la com’ supplante tout le reste

Chercher à expliquer cette impunité, véritable anomalie démocratique, n’est pas un exercice d’acharnement. Nous pensons qu’elle tient largement à la saturation de l’espace médiatique, à la recherche systématique de l’annonce qui va faire le buzz ou plaire à l’opinion. Ou comment la com’ supplante tout le reste. L’exemple des portiques Thalys est édifiant: peu importe de savoir s’ils seront efficaces, l’important est d’imprimer la marque d’une mobilisation concrète.

L’abus de communication n’est pas l’apanage de Ségolène Royal, qui a d’autres qualités par ailleurs. Mais il a fait du mal au quinquennat. D’un côté les bavardages off du président et les agitations médiatiques de sa ministre, de l’autre les soutiers de Matignon et du ministère, soldats silencieux d’un gouvernement dispersé.

Les gouvernements ont navigué comme ils ont pu et se sont réfugiés dans le pas de deux

On ne va pourtant pas exempter ces derniers de toutes les autres lacunes du quinquennat, car ils ont échoué eux aussi à élaborer une vision politique qui doit soutenir l’action quotidienne. L’indécision est une preuve terrible de cette faiblesse – on l’a vue à Notre-Dame-des-Landes, deuxième chef d’œuvre du quinquennat. Très vite contestés par l’opinion publique, les gouvernements ont navigué comme ils ont pu.

Jusqu’à se réfugier assez systématiquement dans le pas de deux. La réforme ferroviaire a accouché d’une architecture épique, mais on a oublié pendant deux ans la règle d’or. Les contrats de performance ont été signés, mais on a négligé les garanties d’efficacité. On a conclu un bel accord diplomatique sur la COP21, mais on n’a conçu aucune politique sérieuse sur les transports non polluants, sinon à refiler aux collectivités locales le mistigri. Le marqueur de la réussite n’est pas la performance finale mais la signature formelle.

Les chiffres sont là: le TGV, les TET et les TER ont reculé en cinq ans. Accablante réalité d’un pouvoir de gauche qui donne des milliards d’euros aux autoroutes et mégote son soutien aux mobilités collectives. Le président Hollande improvise tout seul ou presque un deuxième plan de soutien aux sociétés d’autoroutes, à près d’un milliard d’euros, au détriment des appels à projets de TCSP, des mobilités actives, des gares routières et des pôles d’échanges. Pourtant de nombreux Français semblent prêts à changer leurs habitudes, sous l’effet de la contrainte environnementale. Quel gâchis…

En matière de régulation des nouvelles mobilités, le bilan est en demi-teinte

Ont-ils quand même réussi à gérer l’émergence de la grande question de ces cinq dernières années, dont l’importance va encore croître avec le développement des solutions innovantes portées par les technologies digitales: la régulation des économies de la mobilité? Disons que le bilan est en demi-teinte. La régulation n’échappe pas toujours au réflexe juridique et administratif, elle se limite souvent au bon exercice de la libre concurrence, là où elle devrait être systématiquement garante du développement de l’activité et des intérêts collectifs. C’est plus facile à dire qu’à faire, on en convient, surtout quand l’enjeu social (Uber vs taxis) accapare tout. Mais mieux valent des frottements dans un contexte de croissance des solutions au service des citoyens, que des querelles byzantines en circuit fermé. En d’autres termes, le régulateur n’a de sens que dans la concurrence.

Justement, les gouvernements Ayrault puis Valls ont manqué de courage sur la question de la concurrence dans le trafic ferroviaire voyageurs, ne l’affrontant que placés devant les échéances du quatrième paquet. La concurrence n’est pas une fin en soi, elle peut être la bouée de sauvetage des monopoles en difficulté. Il est symptomatique de voir Elisabeth Borne demander des clarifications sur le sujet pour préparer son entreprise et Guillaume Pepy mettre lui-même en place des concurrences intra-SNCF pour ne pas perdre ses clients. La France doit affronter l’avenir digital et concurrentiel des mobilités – des entreprises comme Air France vivent déjà cette réalité-là tous les jours. Pour avoir tergiversé à fixer des règles claires et fortes, le président Hollande a troublé le peuple français, majoritairement réfugié dans les schémas manichéens: protectionnisme ou libéralisme.

Des incohérences du quinquennat de Sarkozy aux insuffisances de celui d’Hollande, la France des mobilités sort affaiblie. Pour l’instant, rien n’assure qu’un changement de paradigme est en préparation.

Gilles Dansart


Dernier appel avant le vote

Ils sont un peu comme les carabiniers d’Offenbach, toujours en retard… Pourtant, mieux vaut tard que jamais. A l’avant-veille du deuxième tour de l’élection présidentielle, les parlementaires vedettes sur les questions de mobilité se sont unis pour publier un appel à voter contre Marine Le Pen, qui «menace la liberté fondamentale de se déplacer.» Quasiment de tous les partis, ils insistent sur les conséquences d’un repli sur soi que provoquerait l’élection de la candidate frontiste, «qui a fait de l’enfermement mortifère son projet pour une France immobile.»
Lire l’appel de Dominique Bussereau (LR), Philippe Duron (PS), Jean-Jacques Filleul (PS), Joël Giraud (PRG), François-Michel Lambert, Dominique Orliac (PRG), Bertrand Pancher (UDI) et Gilles Savary (PS).


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