Patrick Jeantet en passe d’être débarqué de Keolis

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Patrick Jeantet en passe d’être débarqué de Keolis

Un conseil de surveillance est convoqué mardi prochain. Un seul point à l’ordre du jour, le départ du président du directoire Patrick Jeantet. Nos éléments d’information sur le scénario d’une éviction brutale et surprenante.

En pleine crise sanitaire, économique et sociale, c’est une décision qui, si elle est formellement confirmée mardi prochain par le conseil de surveillance de Keolis, constituera un événement stupéfiant, voire une affaire, non seulement au sein de Keolis et du groupe SNCF, mais dans la sphère des entreprises de service public. Résumons-la de façon, là aussi, brutale: Patrick Jeantet, un dirigeant compétent et aguerri, est débarqué par celui-là même qui l’a nommé à la tête de Keolis en début d’année après l’avoir devancé in extremis l’automne dernier pour la succession de Guillaume Pepy: Jean-Pierre Farandou. On navigue entre un revival français de Dallas (ton univers impitoyable) et une adaptation économique de Baron Noir (stratégies et trahisons).

Comme nous l’ont confié plusieurs cadres de Keolis abasourdis d’un tel scénario, cela mérite à tout le moins explications… Car si les tensions étaient fortes et déjà notoires depuis quelques semaines entre le président du conseil de surveillance Joël Lebreton et Patrick Jeantet, ce sont bien les actionnaires, en l’occurrence la SNCF, majoritaire, et la CDPQ (Caisse des Dépôts et Placements du Québec), minoritaire, qui prennent ce genre de décisions. Et ajouter, en ce moment, une crise à une crise, en l’occurrence une crise de management à la crise économique que traversent Keolis et le monde entier, ce n’est pas une décision de gouvernance anodine.

Commençons par les explications de la SNCF, que nous avons contactée: «Nous confirmons que les deux actionnaires de Keolis, SNCF et CDPQ, ont demandé au président du conseil de surveillance [NDLR Joël Lebreton] de réunir un conseil de surveillance exceptionnel mardi prochain pour délibérer sur la fin des mandats de Patrick Jeantet, avec lequel le conseil de surveillance a constaté des divergences stratégiques importantes depuis sa prise de fonctions».

Ces dernières semaines bruissaient de divergences stratégiques et de discussions sur plusieurs nominations; mais de là à constituer un motif suffisant de révocation d’un exécutif encore en phase d’installation… Comment Joël Lebreton, plus que jamais interventionniste dans le quotidien de l’entreprise, a-t-il convaincu ses actionnaires? La surprise est totale. Qu’en disent Keolis et Patrick Jeantet? Contactés, ils n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Alors, pourquoi? A cet instant, la brutalité du scénario étonne jusqu’au plus haut niveau politique. Pourquoi cet acte d’autorité? Jean-Pierre Farandou continuerait-il à régler les comptes de l’ère Pepy? Après Stéphane Volant, Matthias Emmerich et Alain Picard, au tour de Patrick Jeantet? En s’en séparant Jean-Pierre Farandou envoie des signes dénués d’ambigüité sur sa volonté de contrôle. Mais pourquoi l’avoir nommé il y a cinq mois? On peut se demander s’il ne craignait pas un inventaire de son bilan (et de celui de Joël Lebreton) à la tête de Keolis, qui s’est soldé par une perte de 72 millions d’euros sur l’exercice 2019.

Sept mois après sa prise de fonctions, le président de la SNCF qui, il est vrai, n’est pas aidé par l’actualité, peine à prendre ses marques et à trouver le ton juste vis-à-vis de ses troupes. Ce n’est pas cet épisode qui ramènera la sérénité et la confiance. En externe, sa gestion de la crise sanitaire, avec une lettre peu appréciée du Premier ministre sur les conditions du déconfinement (lire Mobitelex 294) et de multiples interpellations publiques en faveur d’une aide de l’Etat, ne sont guère goûtées par la tutelle, et pas vraiment faites pour la rassurer.

Quant à l’actionnaire CDPQ, dont la propre stratégie de gouvernance ne peut ressortir de ce genre de motivations, il se trouve en ce moment assez dépendant de la SNCF du fait de la situation catastrophique d’Eurostar. Il pourrait donc avoir prudemment décidé de suivre.


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