Révélations

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par Gilles Dansart


Révélations

par Gilles Dansart

jupiter

Il a fallu quelques mois effervescents pour que Jupiter perde sinon ses bras, du moins sa superbe (ci-dessus, statue en marbre au musée archéologique de Vérone). Les cheminots en ont-ils conscience? En trois mois de mobilisation inédite, ils ont contribué à révéler du macronisme ce que tant d’observateurs ne voulaient pas voir, souvent par aveuglement, parfois par intérêt, ou simplement parce que c’est toujours un peu triste de devoir se reconnaître déçu: la parole forte qui cache le manque de ligne directrice, la verticalité violente qui bouscule les formalismes républicains et les contre-pouvoirs, l’obsession de la victoire politique qui balaie les nuances et les subtilités.

La proclamation de la nécessité du changement est devenue le paravent de l’approximation

Il nous semble que l’an I de la présidence d’Emmanuel Macron est surtout marqué par la permanence d’une prétention phénoménale, justifiée par deux quinquennats précédents balbutiants. Mais il est apparu au fil des mois que l’ambition manquait de consistance. L’injonction ne suffit pas à mettre sur pied des réformes de qualité dans des secteurs d’activité complexes; la proclamation de la nécessité du changement est devenue le paravent de l’approximation.

Du coup, l’Elysée étant déjà obsédé par la réélection et les courbes de sondages de popularité de son locataire, Matignon fixe lui-même depuis le début de l’année les lignes de l’action gouvernementale. Dans le secteur de la mobilité comme pour la plupart des dossiers, c’est nettement libéral-droitier, limite clientélisme local. Rien de bien neuf au royaume de la République: des ronds-points, des déviations, des autoroutes, Abbeville-Le Tréport et le canal Seine-Nord… Et à la fin des arbitrages, c’est souvent Bercy qui ramasse la mise.

La priorité aux transports du quotidien servait hier à stopper des investissements ferroviaires, elle justifie aujourd’hui des créations autoroutières. Allez comprendre la logique

On cherche le sens politique de tout ça. Il est dans la LOM, la loi qui va tout changer? Pour ce qu’il va en rester, quelques dizaines d’articles sans grands engagements financiers, mis à part plusieurs oriflammes pour séduire l’opinion. Il était dans la loi de réforme ferroviaire? A voir: le gouvernement affirme vouloir dynamiser le secteur par la concurrence, mais n’a-t-il pas trop concédé pour une telle ambition?

Alors oui, l’encouragement aux nouvelles technologies, aux mobilités innovantes et à l’open data est le signe d’une recherche d’adaptation des structures publiques à la révolution numérique. C’est une bonne chose. Mais cette façade ne doit pas cacher tout le reste: les problèmes de gouvernance, les arbitrages contestables, les nominations de l’entre-soi et les petites compromissions.

On s’est montré prudent devant la priorité aux transports du quotidien. Bien nous en prit. L’antienne servait hier à stopper des investissements ferroviaires, elle justifie aujourd’hui des créations autoroutières. Allez comprendre la logique: on s’occupe vraiment sur le long terme des réseaux ferrés, routiers et fluviaux qui souffrent de décennies de sous-entretien, ou bien on continue à distribuer ici et là, en fonction des opportunités politiques ou des marges de manœuvre budgétaires?

Et pendant ce temps-là, le gouvernement poursuit l’ouverture du capital d’Aéroports de Paris alors que la priorité est ailleurs: tant de signes montrent que la France n’est pas prête à relever le défi de l’augmentation phénoménale du trafic aérien.

Sommes-nous trop intransigeants face à des équipes épuisées qui n’ont pas d’autre choix que de répondre aux injonctions initiales de Jupiter? Au fil des mois et des couacs, le manque de profondeur idéologique rend l’action politique difficilement lisible. Mais on sent aussi parfois poindre un peu de sagesse: en janvier Pepy et Jeantet étaient convoqués, en juillet la ministre va saluer les cheminots à Austerlitz…

Souhaitons que l’an II de la présidence Macron parte sur des bases plus solides et pérennes; et modestes, aurait-on envie d’ajouter.

G. D.


Un été déjà très chaud

Après l’affaire Benalla qui a enflammé le premier mois des vacances, les transports ont enchaîné: la panne de Montparnasse le 26 juillet, la fournaise de la ligne 1 du métro le soir du 31, les annulations et retards de vols un peu tout le temps. Et on redoute déjà les effets de la canicule… Certes, l’été est propice aux excès médiatiques, mais cette succession de couacs révèle bien l’extrême sensibilité des infrastructures et services de mobilité collective, très sollicités pendant cette période. Il faut réellement appliquer partout l’exigence rappelée il y a tout juste un an par les Ramette, Damas, Putallaz, Gazeau, de Saint-Pulgent, Thauvette et Lucas: renforcer la robustesse des équipements et des process. C’est donc vrai pour les alimentations électriques, les évacuations d’urgence et la ponctualité aérienne, mis à mal ces derniers jours.

Il y en a un pour lequel l’été s’est arrêté en pente raide: Renato Mazzoncini, éminent administrateur délégué des chemins de fer italiens, les FS, a été brutalement renvoyé devant la justice pour fraude par le nouveau gouvernement. «Chasse aux sorcières!», dénonce-t-il. «Le conseil d’administration aurait dû lui-même appliquer la cause éthique (NDLR pour une affaire de fraude présumée sur les trafics de recettes en Ombrie)», réplique le ministre. Un nouveau tandem a été prestement mis en place.
Renato Mazzoncini venait d’être renouvelé à la présidence de l’UIC: comme quoi, la roche tarpéienne est bien proche du Capitole.


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