Mobitelex 521 2/2 – 13 mars 2026

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Mobitélex. L'information transport

les décryptages de Mobilettre

Suite 2/2 au Mobitelex 521 1/2 publié en début de journée


Résultats

RATP: «retour à la normale» avant la grande bascule

C’est une drôle d’expression qu’a employée Jean-Yves Leclercq, membre du Comex, Stratégie, Finances et Performance durable, lors de la présentation à la presse des résultats du groupe RATP 2025 : «Ils marquent un retour à la normale». S’entend, un résultat net positif à 217 millions d’euros, après plusieurs années déficitaires. Le chiffre d’affaires, lui, bondit de 11% à 7,9 milliards, du fait principalement de la forte augmentation de celui des filiales (+29%).

Un «retour à la normale» alors que tout est en train de changer pour le groupe RATP, à commencer par cette contribution des filiales au chiffre d’affaires qui progresse inexorablement : un tiers l’année dernière, 40% cette année, et 50% en 2027, du fait de l’ouverture à la concurrence des bus Paris et petite couronne qui se traduit par la création de filiales au sein de RATP CAP Ile-de-France, et du fort développement de RATP Dev. La bascule symbolique interviendra donc dans deux ans – elle obligera probablement à une autre présentation des activités et des comptes. Aujourd’hui, aucun chiffre d’affaires (à l’exception de celui de RATP Dev à 2,2 milliards) ni, a fortiori, aucun résultat net de filiale n’est rendu public par le groupe RATP.

Dans un contexte évolutif de la gouvernance des transports franciliens (prochaine mise en concurrence des trams et des RER, probable passage en régie des lignes historiques du métro parisien, en vue de l’échéance de 2039), c’est la conception même du groupe et de son unité qui s’en trouvera modifiée, et à laquelle va devoir s’atteler le nouveau PDG Xavier Piechaczyk.

La SGP sous surveillance

Mobilettre est toujours très attentif à l’actualité d’une Société des Grands Projets (SGP) en pleine évolution. La récente audition au Sénat de son président du Directoire Jean-François Monteils a confirmé l’importance stratégique de sa diversification en province, alors que les mises en service des lignes du Grand Paris Express vont intervenir à partir de… «mi-octobre prochain pour la ligne 18», a affirmé Jean-François Monteils. Une fois encore, selon nos propres informations, Mobilettre considère que cette échéance ne sera pas respectée, et qu’il faudra attendre probablement, au mieux, le mois de novembre. Quant à la ligne 15 Sud…

Quoi qu’il en soit, c’est un autre sujet qui nous a occupés cette semaine, l’avis du Conseil d’Etat sur le projet de loi-cadre des transports. Il comporte au cœur de plusieurs analyses juridiques relatives à la SGP, un article apparemment anodin, estampillé numéro 32 : «Le Conseil d’Etat estime toutefois que ces dispositions [NDLR relatives à la suppléance de la SGP à une collectivité en tant que maître d’ouvrage] ne sauraient s’appliquer à des filiales de droit privé de l’établissement public qu’est la SGP, les dispositions de l’article L.2411-1 du code de la commande publique ne prévoyant pas qu’elles puissent être maîtres d’ouvrage publics. Il propose, en conséquence, de modifier le projet de loi pour tenir compte de cette restriction.» Anodin, vraiment, cet article 32 ?

Il stipule en fait qu’une filiale de droit privé (en l’occurrence, une filiale de la SGP, Société des Grands Projets) ne peut pas être maître d’ouvrage, au sens du code de la commande publique.

Conséquence : la SGP peut bel et bien se substituer à une collectivité comme maître d’ouvrage dans le cadre des projets SERM, mais en tant que telle, sans pouvoir créer de filiale. C’est donc là que les choses deviennent intéressantes…

Si la SGP «canal historique», et non une filiale, assure elle-même le financement d’un projet Serm, qu’est-ce qui garantit l’étanchéité des comptes entre les activités franciliennes et les activités en province ? Pour l’instant, rien… En l’état la loi ne prévoit aucune séparation comptable des opérations ni aucun suivi analytique des coûts. Le risque de confusion est réel, d’où l’hypothèse d’un complément législatif exprimé dans l’avis du Conseil d’Etat.

Contactée par Mobilettre, Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités, «partage l’inquiétude sur l’avis du conseil d’Etat qui semble interdire à la SGP de créer des filiales séparées. Nous avons tous collectivement défendu que l’argent des Franciliens doit être utilisé pour des projets Franciliens et qu’il fallait une totale étanchéité entre les taxes des Franciliens et les projets de la SGP développés hors Île de France.»

Mobilettre interprète cette inquiétude de la façon suivante : IDFM ne veut pas que se reproduise une situation «à la RATP», à savoir une absence persistante de transparence des comptes du groupe qui induit des doutes sur l’utilisation de ses subventions. Mieux vaut donc agir dès maintenant, et obtenir de l’Etat une clarification plus solide et juridique que ne le seraient des engagements oraux solennels.

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NOMINATION

Nunzia Paolacci délivrée de la HATVP !

Fin 2023 l’ancienne directrice ferroviaire d’IDFM Nunzia Paolacci, qui avait atterri au conseil départemental du Val d’Oise, avait reçu un avis défavorable de la HATVP relatif à une demande de mobilité professionnelle vers RATP CAP Ile-de-France (lire Mobitelex 431). Un vrai déni d’intelligence juridique, et au contraire une décision éminemment injuste, au vu des indulgences accordées à quelques puissants.

A l’expiration des trois années de réserve, voilà donc Nunzia Paolacci délivrée des chaînes de la HATVP, et tout aussitôt recrutée non pas par la RATP, mais par Keolis qui vient d’en faire sa directrice ferroviaire Ile-de-France, à même d’assurer les mises en service des lignes du GPE et du CDG Express, notamment. Mais on n’ira pas jusqu’à dire que le niet de la HATVP a permis, in fine, cette consécration professionnelle à la hauteur de ses évidents talents…


Colloque

La cause des femmes fait recette au Sénat

Le 5 mars dernier au Sénat, la salle Clemenceau était copieusement garnie pour le colloque de l’UTPF sur les femmes et la mobilité. Les débats, cloturés par Valérie Pécresse et Philippe Tabarot, étaient animés par Gilles Dansart/Mobilettre. (c) DR


L’aréopage réuni par l’UTPF le 5 mars dernier au Sénat avec la complicité de la sénatrice de la Meuse Jocelyne Antoine était tout aussi prestigieux que furent intéressants les débats, pendant quatre heures, autour à la fois des VSS (violences sexistes et sexuelles) et de la féminisation des métiers de la mobilité. Jugez-en : Thierry Mallet, Anne-Marie Idrac, Clément Beaune, Valérie Pécresse et Philippe Tabarot, Roxana Maracineanu en tant que déléguée de la Miprof (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains), Patricia Bastard, présidente de Femmes en mouvement, Céline Piques, porte-parole d’Osez le féminisme, Catherine Langlais, vice-présidente de la Main à la pâte, Floriane Torchin (DGITM), Patrice Lovisa (RATP), Thierry Wischnewski, DG de Tisseo, et trois DRH, Lydie Jallier (Keolis), Caroline Gonin (Transdev) et Philippe Bru (SNCF).

Une synthèse des échanges et le replay sont disponibles ici.

Le guide de l’élégance Inoui, explications d’un dérapage

Alain Krakovitch, directeur des TGV-Intercités, a heureusement prestement réagi à la publication sur un Intranet de SNCF Voyageurs d’un guide de l’élégance 100% consternant à l’attention des ASCT Inoui : «Ce guide n’avait aucune raison d’être. J’ai immédiatement demandé sa dépublication. Ce ne sont ni nos valeurs ni nos méthodes vis-à-vis de nos agents ». Entre sexisme et grossophobie, ce guide de quarante pages énumère des conseils d’une autre époque, dignes de la styliste Cristina Cordula dans son émission Les Reines du shopping naguère diffusée sur M6. On se contentera de citer une recommandation à l’attention des femmes «Morphologie A»: «Pensez à porter le foulard noué court au niveau du cou pour attirer le regard vers le haut.» Le reste est à l’avenant.

Une enquête interne devrait permettre de déterminer les responsabilités en matière de validation – ce ne sera pas le plus difficile, et le verdict sera probablement salutaire au vu de la succession des mauvais buzz de SNCF Voyageurs ces derniers mois.

Mais il ne faut pas s’arrêter là : comment la direction marketing TGV a-t-elle pu prendre une telle initiative, à rebours de tous les progrès en matière de lutte contre les stéréotypes de genre et de lutte contre les discriminations, dont font preuve la plupart des compagnies contemporaines?

Notre hypothèse : le marketing TGV est dramatiquement anachronique, en roue libre, encore obsédé par le modèle aérien et l’image glamour alors que le match est depuis longtemps plié au profit du rail (même les destinations Toulouse et Nice sont en train de baisser pavillon). Les trains se remplissent (presque) tout seuls, mais le marketing continue d’inventer des absurdités comme ce body shaming, en déphasage total avec la société qui advient, plus inclusive.

L’urgence du défi stratégique posé au système ferroviaire dans son ensemble, pour la décennie qui vient, consiste à faire émerger une offre plus accessible, respectueuse de la diversité de ses voyageurs et de ses salariés, au lieu de projeter une image soi-disant positive basée sur des références dépassées. Eurostar donne volontiers l’exemple, l’aérien lui-même fait sa révolution en la matière, et c’est heureux.

Le marketing TGV doit faire de même, car il est probable que ses futurs concurrents consacreront leur énergie à des process serviciels bien plus performants et innovants. De la même manière qu’il est anormal de ne pas bien traiter à l’embarquement les voyageurs Ouigo au prétexte qu’ils paient moins cher, il n’est pas tolérable que le «standing» Inoui épouse les stéréotypes les plus rétrogrades. Il doit y avoir des limites aux signes extérieurs de la segmentation commerciale. G. D.

Mixité : rejoignez l’appel de Mobilettre

Dans notre numéro 517 du 6 février dernier, nous avons rendu public notre résolution «de ne plus animer d’événement public qui n’assure pas globalement une représentation mixte et équilibrée hommes/femmes», principe que nous appliquons depuis plusieurs années pour les événements que nous organisons ou co-organisons.

Plusieurs dirigeants du secteur ont émis le souhait de nous rejoindre. En cohérence avec la revendication de mixité des prises de parole portée par l’association Femmes en mouvement, nous invitons par le lien ci-dessous toutes celles et tous ceux en position d’organiser des débats publics à afficher publiquement un engagement similaire.

Rejoindre notre engagement «de ne plus animer d’événement public qui n’assure pas globalement une représentation mixte et équilibrée hommes/femmes».

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